La qualité est crée par le don et l' effort de l' artiste; mais don et effort sont nécessaires aussi
au spectateur pour la percevoir, la faire renaître en lui. Là réside le mystère où l'Art trouve un aboutissement et sa justification. Là commence le dialogue secret de l'oeuvre avec celui qui la regarde. Débarrassé de l'esprit des formules restrictives où le jugement pourrait être enfermé,
la qualité oblige à chercher la beauté hors de toutes les doctrines où les esprits dogmatiques
essaient de l'enclore.
Dès son origine, l' oeuvre d'art est apparue détentrice de pouvoirs animiques et devint un
receptacle. Le menhir est un lieu de fixation de cet ordre. Mais cette croyance se perpétue
lorsque de la simple pierre on passe à la statue. Il s'impose alors une évidence, l'oeuvre d'art,
dès l'origine, est le lieu de rencontre de deux mondes, un intermédiaire, un tiers ordre, entre
ce qui existe dans la réalité concrète et ce qui vit ailleur.
Avant le bouleversement impressioniste et abstrait, on pouvait identifier les artistes. Il y avait
ceux qui avaient du savoir faire et rien que du savoir faire. C'était les petits maîtres académiques
ou pompiers. Et il y avait ceux qui, en plus avaient de l'esprit, de l'intelligence. Tout le monde peut faire des dripping comme Pollock ou des bandes comme Buren. La dimension de Pollock ou
de Buren ne vient que par la rupture mentale introduite à un moment de l'histoire de l'Art.
Il s'agit d'un concept.
L' Art ne se regarde pas comme on regarde une chose, on ne le regarde pas en son lieu,
le regard erre en lui comme dans les limbes de l' Etre, on voit selon et avec lui plutôt qu'on
ne le voit. Les dessins sont le dedans du dehors et le dehors du dedans, que rend possible
la duplicité du sentir, et sans lequels on ne comprendra pas la quasi-présence et la visibilité
imminente qui font toute la substance de l'imaginaire.
Il n' y a pas de monde tout fait, de monde en soi. Le réel est le couple que nous formons avec
le monde. Et nôtre être au monde est au fondement de toutes nos conduites et de tous nos jugements. C' est lui qui soustend toutes nos perceptions et leurs donne le ton. C'est lui
qui donne son style au regard du peintre et qui constitue le foyer de sa vision. L' artiste ne
perçoit pas des objets; il est sensible à un certain rythme, singulier et universel, sous la
forme duquel il vit sa rencontre avec les choses et qui érode et corrode les objets jusqu'à ce
qu'ils soient assez légers, assez dégagés de l'esprit de pesanteur, pour pouvoir entrer dans
la danse et venir à nous. Voilà le sens vrai de l'abstraction. Par elle, l' artiste élève à la dignité
du Réel. Abstraire, c' est extraire du monde, ce n'est pas un parti pris moderne. C'est l' acte vital
de l'Art. L'abstraction représente ce pouvoir d'intériorité et de dépassement visuel sans lequel il
n' y a pas d' Art. Il y a des formes qui racontent comme des commères tous les incidents
du monde quotidien. Il faut créer des formes qui disent cette réalité transcendante vers laquelle
évolu l'individu. C'est le vivant seul qui importe. L'abstraction est un autre nom de la création.
Les couleurs.
"La couleur contribue à la beauté mais ne la constitue pas, elle la révèle seulement et fait valoir
les formes". Winckelmann . Le multicolore en soi n'existe pas, comme le souligne Manlio
Brusatin dans son livre "Histoire des couleurs". Les couleurs ne sont pas la réalité des corps,
elles sont le reflet d'une abstraction de la nature, l'artifice dans le naturel. Elles ne sont pas la
vie ni exactement une loi de la nature. La nature est incolore, elle vit biologiquement et seule
sont apparence immédiate saute aux yeux des hommes. Autrement dit nous ne voyons que
des objets qui produisent ou métamorphosent la lumière.